JUSTICE REPRODUCTIVE

1. Origine du concept

Le concept de justice reproductive a été introduit dans les années 1990 aux États-Unis par les membres du SisterSong Collective, un collectif de femmes noires militant pour les droits reproductifs (SisterSong Women of Color Reproductive Justice Collective, 2006). Ces militantes se sont mobilisées en réponse au mouvement féministe pour les droits reproductifs de l’époque, porté principalement par des femmes blanches et centré sur le droit à l’avortement, et qui laissait de côté des revendications importantes liées aux vécus d’oppressions spécifiques des femmes et minorités de genre non-blanches : stérilisations contraintes, avortements forcés, remarques culturalistes, discriminations, violences gynéco-obstétriques, retrait des enfants par les services sociaux, etc. (Davis, 1983). Afin de lutter conjointement contre ces diverses oppressions reproductives, elles fondent, avec d’autres collectifs, le mouvement pour la justice reproductive.

Le mouvement pour la justice reproductive revendique le droit de chaque personne à choisir : 1) de ne pas avoir d’enfant si elle le souhaite ; 2) d’en avoir si elle le désire ; et 3) et de pouvoir les élever dans « des communautés sûres et durables», à l’abri de la violence et de la discrimination (Ross et Solinger, 2017, notre traduction). Les militantes pour la justice reproductive ont mis en lumière que l’accès à ces trois droits reproductifs est entravé par des structures de domination intersectionnelles de genre, de race et de classe (Eaton et Stephens, 2020 ; Price, 2010). Si le concept de justice reproductive a été forgé par des femmes noires à partir de leurs vécus, les militantes considèrent que ces principes visent à s’appliquer à tous·tes (Ross et Solinger, 2017). Afin que chaque personne puisse détenir « le pouvoir et les ressources économiques, sociales et politiques pour prendre des décisions saines sur leur corps, leur sexualité et leur reproduction » (ACRJ, 2005), les militantes du mouvement soulignent l’importance de lutter contre de multiples obstacles : la pauvreté, le racisme, les politiques migratoires, le sexisme, la politique environnementale, les LGBT-phobies ou encore la politique carcérale.

Nous développons ci-après deux exemples d’oppressions reproductives à l’encontre des femmes racisées en France continentale et ultramarine et sur le continent américain : les discriminations dans l’accès aux suivi gynéco-obstétrique et les politiques antinatalistes.

Encadré 1. Les discriminations dans l’accès à la santé sexuelle et reproductive
 
Les femmes racisées subissent des discriminations dans l’accès à un suivi gynécologique et obstétrique. En France, les femmes racisées, particulièrement lorsqu’elles sont identifiées par les soignant·es comme « Africaines » – qu’elles soient françaises ou étrangères – font face à de nombreux obstacles qui entravent l’accès à leurs droits reproductifs (Virole, 2020 ; Virole, à paraître). Dans les maternités, ces femmes sont la cible de remarques culturalistes de la part des professionnel·les de santé, risquent de voir leur douleur minimisée au moment de l’accouchement et ont plus de risque de subir une césarienne et de mourir en couches (Cognet, Hamel et Moisy, 2012 ; Izambert, 2016 ; Nacu, 2011 ; Sauvegrain, 2012). En outre, les femmes migrantes et en situation de précarité ont tendance à voir leur capacités parentales questionnées et ont plus de risque que leurs enfants leur soient retirés par les services sociaux (Davoudian, 2012 ; Vozari et al., 2012 ; Planche, 2014). Au Mexique, les femmes et sages-femmes indigènes placent très explicitement les violences gynécologiques et obstétricales qu’elles subissent – examen gynécologique obligatoire, césariennes sans consentement, insultes racistes, stérilisations forcées – dans la continuité de pratiques coloniales de contrôle de la natalité (El Kotni, 2018 ; El Kotni et Quagliariello, à paraître).
Encadré 1

Encadré 2. Les politiques antinatalistes ciblées
 
Tandis que certaines femmes sont incitées à se reproduire, d’autres en sont découragées ou empêchées. Ainsi, dans les années 1970, des études socio-historiques ont montré que dans le département d’Outre-Mer de la Réunion les femmes racisées étaient la cible d’avortements et de stérilisations forcées, alors qu’au même moment les femmes blanches en métropole faisaient l’objet de politiques natalistes (Paris, 2020 ; Vergès, 2017). En Europe, les femmes roms subissent encore aujourd’hui des pratiques de stérilisation contrainte, et en France elles font l’objet de multiples discriminations dans les services obstétriques (Kóczé, 2011 ; Prud’homme, 2016). En Californie, la fertilité des femmes mexicaines-américaines a été construite comme un problème social, donnant lieu à des stérilisations forcées ; les attitudes individuelles des médecins « fusionnaient, perpétuaient et donnaient de la légitimité à un discours public plus large concernant les pratiques reproductives » (Gutiérrez, 2008, p. 52, notre traduction). Dans son ouvrage Conquest. Sexual Violence and American Indian Genocide l’historienne Andrea Smith montre comment le corps des femmes colonisées a été construit comme « violable » (2015). Au Pérou, la politique de « planification familiale » menée entre 1996 et 2001 a ainsi intentionnellement conduit à la stérilisation de milliers de femmes indigènes. De cette violabilité des corps des femmes autochtones a également découlé, au Canada, l’enlèvement des enfants autochtones à leurs familles pour des pensionnats qui a perduré jusque dans les années 1990 ainsi que les stérilisations forcées subies par les femmes autochtones et qui ont encore cours aujourd’hui.
Encadré 2

2. Un mouvement international et multi-situé

Bien que le mouvement pour la justice reproductive aux États-Unis ait pour origine « l’espace de la cause des femmes » (Bereni, 2009), il s’est depuis répandu dans d’autres mouvements sociaux pour la justice sociale, principalement dans les pays anglo-saxons et au Québec (Ross et Solinger, 2017). Le concept de justice reproductive a par exemple été approprié par des mouvements contre la transphobie (la « trans reproductive justice » (Riggs et Bartholomaeus, 2020) et contre la grossophobie la « fat reproductive justice» (LaMarre et al., 2020). En outre, la justice reproductive est une question abordée au sein du mouvement pour la justice environnementale dans le champ émergent de la justice environnementale reproductive (Hoover, 2018). Ce terme permet d’inclure les conséquences de la pollution de l’environnement sur la santé reproductive, telles que les fausses couches, la stérilité, le dérèglement du cycle menstruel, les malformations fœtales, etc. (González Navarrete, Alvarado Mejía et Pérez Herrera, 2012 ; Layne, 2001).

Si le concept de justice reproductive est aujourd’hui employé au-delà de son continent d’origine (Madhok, 2013 ; Suh, 2021), ce cadre d’analyse n’est pas toujours celui adopté par les militant·es. Ainsi, en Argentine, les militantes et chercheuses féministes mobilisent pour leur part le registre des droits humains, qui leur semble plus apte à permettre des avancées législatives (Morgan, 2015). En France, la militante afro-féministe Amandine Gay (2021) a récemment mobilisé le cadre d’analyse et d’action de la justice reproductive pour penser les oppressions à l’origine de l’adoption transnationale et transraciale[1]. La notion de justice reproductive reste toutefois peu utilisée par les militantes féministes dans le contexte français, malgré une longue histoire de luttes pour les droits reproductifs (Cardi et al., 2016 ; Gautier et Grenier-Torres, 2014). Dans les années 1970, les mouvements féministes matérialistes font de la maternité le symbole de l’oppression patriarcale (Kniebiehler, 2012 ; Les Chimères, 1975). À cette époque, des mouvements féministes émergent pour revendiquer l’accès aux techniques de contrôle des naissances, le droit à la contraception et le droit à l’avortement (Pavard, 2018 ; Pavard, Rochefort et Zancarini-Fournel, 2012 ; Ruault, 2017). En parallèle, des mouvements de femmes dénonçant la médicalisation de la naissance et le sexisme médical apparaissent dans le champ de la santé (Blézat et al., 2020 ; Kniebiehler, 2007 ; Quéré, 2016). Plus récemment, dans le contexte de l’ouverture du « mariage pour tous » en 2013, des mobilisations pour l’accès à la PMA sans discrimination d’âge, de statut conjugal, d’orientation sexuelle ou de genre ont vu le jour (Yvert, 2021). Enfin, depuis quelque années, dans le sillon de la nouvelle vague féministe #Metoo dénonçant les violences sexuelles (Koechlin, 2019), des mobilisations de patientes ont émergé contre les violences gynéco-obstétriques (Parrat, 2019). Aujourd’hui, le paysage des luttes pour les droits reproductifs apparaissent fractionnées, entre celles qui se mobilisent pour le droit de ne pas avoir d’enfant – luttant pour l’éducation à la sexualité, pour l’accès à la contraception, la stérilisation volontaire et l’IVG (Brunet et Guyard-Nedelec, 2018) –, celles qui se mobilisent pour le droit d’avoir un enfant – revendiquant l’accès à la procréation médicalement assistée sans discrimination– et celles qui luttent pour avoir et élever des enfants dans de bonnes conditions – portant les revendications pour une naissance non médicalisée et contre les violences obstétricales (Lahaye, 2018), ou dénonçant les violences systémiques auxquelles font face les enfants vivant dans les quartiers populaires (Ouassak, 2020).

3. La justice reproductive comme cadre théorique

Si la justice reproductive est à l’origine un concept issu du militantisme, il a très vite été incorporé par la recherche académique anglo-saxonne et québécoise. Il est désormais mobilisé dans de multiples champs disciplinaires : droit, santé publique, travail social, psychologie, politique sociale, éducation, études sur les femmes (women’s studies) (Eaton et Stephens, 2020). Les chercheur·es emploient le cadre théorique de la justice reproductive afin d’analyser les oppressions reproductives vécues par les femmes racisées, mais aussi plus largement par les groupes minoritaires. Par ailleurs, Joan Chrisler, psychologue américaine (de la santé et des femmes), soutient que la justice reproductive devrait être entendue dans une conception très large, car de nombreux éléments sont nécessaires afin de l’atteindre : à la fois l’accès à la contraception, l’avortement et les technologies de la reproduction, mais aussi l’égalité de pouvoir dans les relations intimes. Selon elle, travailler sur la justice reproductive revient à s’intéresser aussi aux traitements contre les infections sexuelles, à l’éducation sexuelle, à l’éducation prénatale, au soin périnatal et postpartum et aux conditions d’accueil par les professionnel·les de santé (Chrisler 2014, p. 206). Les anthropologues qui travaillent sur la santé reproductive ont analysé pour leur part la manière dont les « choix » reproductifs ne peuvent être pensés uniquement au niveau individuel ni même des politiques directement encadrant la procréation mais sont également tributaires des politiques en matière de travail, de logement, de migration, d’incarcération et de politiques postcoloniales (Andaya, 2014 ; Sufrin, Kolbi-Molinas et Roth, 2015 ; Lopez, 2008).

En France, le concept de justice reproductive a récemment été mobilisé dans quelques travaux de recherche. Il est au cœur de l’ouvrage Donner naissance. Doulas, sages-femmes et justice reproductive de la doula et anthropologue américaine Alana Apfel, traduit en français et publié aux éditions Cambourakis (2017). La justice reproductive sert également de cadre théorique dans l’ouvrage Mon corps, mes droits ! L’avortement menacé ? Panorama socio-juridique : France, Europe, États-Unis de Laurence Brunet et Alexandrine Guyard-Nedelec (2018). Enfin, l’ouvrage Feu ! Abécédaire des féminismes présents dirigé par Elsa Dorlin (2021) y consacre une notice (Bessaïh, 2021). L’entrée de ce concept dans des publications en français illustre l’intérêt grandissant pour cette notion et témoigne de l’émergence d’un champ de recherche sur la justice reproductive en France.

Notice in English Version

Reproductive Justice

1. Origin of the concept

The concept of reproductive justice was introduced in the 1990s in the United States by members of the SisterSong Collective, a collective of Black women fighting for reproductive rights (SisterSong Women of Color Reproductive Justice Collective, 2006). At the time, the feminist reproductive rights movement was mainly driven by white women and focused on abortion rights. African American activists have brought to light that these movements left out important demands related to specific oppressive experiences of racially minoritized women and gender minorities: coerced sterilizations, forced abortions, culturalist remarks, discrimination, gynecological and obstetrical violence, removal of children by social services, etc. (Davis, 1983). In order to jointly fight against these various reproductive oppressions, they initiated, along with other collectives, the reproductive justice movement.

The reproductive justice movement claims the right of every person to choose: i. not to have children if they wish; ii. to have them if they desire; and iii. and to be able to raise them in “safe and sustainable communities”, free from violence and discrimination (Ross and Solinger, 2017). Reproductive justice activists have highlighted that access to these three reproductive rights is impeded by intersectional structures of gender, race and class domination (Eaton and Stephens, 2020; Price, 2010). While the concept of reproductive justice was forged by Black women from their experiences, activists believe that these principles apply to everyone (Ross and Solinger, 2017). In order for each person to have “the economic, social and political power and resources to make healthy decisions about their bodies, sexuality and reproduction” (ACRJ, 2005), activists emphasize the importance of addressing multiple barriers: poverty, racism, migration policies, sexism, environmental policy, LGBT-phobias and the prison system.

Below, we develop two examples of reproductive oppressions against racially minoritized women in continental and overseas France and on the American continent: discrimination in access to gynecological and obstetrical care, and anti-natalist policies.

Box 1. Discrimination in access to sexual and reproductive health

Racially minoritized women are discriminated against in their access to gynecological and obstetrical care. In France, those identified by health care providers as “African” –whether French or foreign– face numerous obstacles to accessing their reproductive rights (Virole, 2020). In maternity wards, these women are subjected to culturalist remarks from health professionals, they are at risk of having their pain minimized at the time of delivery and are more likely to have a Cesarean section and die in childbirth (Cognet, Hamel and Moisy, 2012; Izambert, 2016; Nacu 2011; Sauvegrain, 2012). In addition, migrant women tend to have their parenting capacities questioned and are at greater risk of having their children removed by social services (Davoudian, 2012; Vozari et al., 2012; Planche, 2014). In Mexico, indigenous women and midwives very explicitly place the gynecological and obstetrical violence they experience – mandatory gynecological exams, Cesarean sections without consent, racial slurs, forced sterilizations –in the continuum of colonial birth control practices (El Kotni, 2018; El Kotni and Quagliariello, 2022).
Box 1

Box 2. Targeted anti-natalist policies
 
While some women are actively encouraged to give birth, others are discouraged or prevented from doing so. For example, in the 1970s, socio-historical studies showed that in the French overseas department of Reunion Island, Black women were subjected to forced abortion and sterilization, while at the same time white women in metropolitan France were strongly encouraged to have children for the Nation (Paris, 2020; Vergès, 2017). In Europe, Romani women are still subjected to forced sterilization practices and discrimination in obstetrical services (Kóczé, 2011; Prud’homme, 2016). In California, Mexican American women’s fertility was constructed as a social problem, giving rise to forced sterilization; individual doctors’ attitudes “merged with, perpetuated, and gave legitimacy to a broader public discourses regarding childbearing practices” (Gutiérrez, 2008, p. 52). In her book Conquest. Sexual Violence and American Indian Genocide historian Andrea Smith shows how colonized women’s bodies were constructed as “rapeable” (2015). In Peru, the “Family Planning” policy carried out between 1996 and 2001 intentionally led to the sterilization of thousands of indigenous women. From this violability of Indigenous women’s bodies also came, in Canada, the removal of indigenous children from their families for residential schools that continued into the 1990s as well as the forced sterilizations suffered by indigenous women that continue today.
Box 2

2. An international and multi-sited movement

Although the reproductive justice movement in the United States originated within “the space of women’s cause” (Bereni 2009, our translation), it has since spread to other social justice movements, primarily in English-speaking countries and Quebec (Ross and Solinger, 2017). The concept of reproductive justice has been incorporated by movements against transphobia (“trans reproductive justice”; Riggs and Bartholomaeus, 2020) and against fatphobia (“fat reproductive justice”, LaMarre et al., 2020). Additionally, reproductive justice is an issue addressed within the environmental justice movement in the emerging field of reproductive environmental justice (Hoover 2018). This term allows for the inclusion of the consequences of environmental pollution on reproductive health, such as miscarriage, infertility, menstrual cycle disruption, fetal malformations, etc. (González Navarrete, Alvarado Mejía and Pérez Herrera, 2012; Layne, 2001).

While the concept of reproductive justice is now used beyond its continent of origin (Madhok, 2013; Suh, 2021), this framework of analysis is not always the one adopted by activists. In Argentina, for example, feminist activists and researchers rely on the human rights framework, which they believe is more likely to lead to legislative changes (Morgan, 2015). In France, Afrofeminist activist Amandine Gay recently used the reproductive justice framework to analyze the oppressions at the root of transnational and transracial adoption[2] (Gay, 2021). However, the notion of reproductive justice remains little used by feminist activists in the French context, despite a long history of struggles for reproductive rights (Cardi et al., 2016; Gautier and Grenier-Torres, 2014). In the 1970s, French materialist feminist movement made motherhood a symbol of patriarchal oppression (Kniebiehler, 2012; Les Chimères, 1975). At this time, feminist movements emerged to demand access to birth control techniques, the right to contraception, and the right to abortion (Pavard, 2018; Pavard, Rochefort and Zancarini-Fournel, 2012; Ruault, 2017). In parallel, women’s movements denouncing the medicalization of birth and medical sexism were emerging in the health field (Blézat et al., 2020; Kniebiehler, 2007; Quéré, 2016). More recently, in the context of the promulgation of same-sex marriage law in 2013, feminists and queer activists have organized to demand access to medically assisted procreation without discrimination of age, marital status, sexual orientation or gender (Yvert, 2021). Finally, in recent years, in the wake of the new feminist wave #Metoo denouncing sexual violence (Koechlin, 2019), patients have spoken up against gynecological and obstetrical violence (Parrat, 2019). Today, reproductive rights movements appear as fragmented between those who organize for the right not to have children –fighting for sexual education, access to family planning, voluntary sterilization and abortion (Brunet and Guyard-Nedelec, 2018); those who fight for the right to have a child by demanding access to medically assisted reproduction without discrimination; and those who struggle to have and raise children in good conditions,  carrying demands for non-medicalized birth and against obstetric violence (Lahaye, 2018), or calling out the structural violence faced by children living in working-class neighborhoods (Ouassak, 2020).

3. Reproductive justice as a theoretical framework

While reproductive justice was originally a concept that emerged from activism, it was quickly incorporated into academic research in English-speaking countries and in Quebec. It is now used in multiple disciplinary fields: law, public health, social work, psychology, social policy, education, women’s studies (Eaton and Stephens, 2020). Researchers refer to the theoretical framework of reproductive justice to analyze the reproductive oppressions experienced by racially minoritized women, but also more broadly by minority groups. Joan Chrisler, a US psychologist specialized in health and women, argues that reproductive justice should be understood in a very broad sense, as many elements are necessary to achieve it: both access to contraception, abortion and reproductive technologies, but also equal power in intimate relationships. She argues that studying reproductive justice also means addressing treatment for sexual infections, sex education, prenatal education, perinatal and postpartum care, and the conditions under which healthcare professionals provide it (Chrisler, 2014, p. 206). Anthropologists working on reproductive health, for their part, have analyzed how reproductive “choices” cannot be thought of only at the individual level or even of policies directly framing childbearing but are also contingent on labor, housing, migration, incarceration, and postcolonial policies (Andaya, 2014; Sufrin, Kolbi-Molinas and Roth, 2015; Lopez, 2008).

In France, the concept of reproductive justice has very recently been incorporated in research studies. It is at the heart of the book Birth Work as Care Work by doula and anthropologist Alana Apfel that was recently translated into French (Alpel, 2017). Reproductive justice also serves as a theoretical framework in the book My Body, My Rights! Abortion under threat? Socio-legal Overview: France, Europe, United-States by Laurence Brunet and Alexandrine Guyard-Nedelec (2018, our translation). Finally, the book Fire! An Alphabet Primer of Present Feminisms directed by Elsa Dorlin (2021, our translation) includes an entry about it (Bessaïh, 2021). The appearance of this concept in French publications illustrates a growing interest and points towards the emergence of a reproductive justice research field in France.

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Vergès, Françoise (2017) Le ventre des femmes. Capitalisme, Racialisation, Féminisme, Paris, Albin Michel.

Virole, Louise (2020) « Dispositifs dédiés, effets ambivalents. La prise en charge spécifique des femmes enceintes primo-arrivantes dans le champ périnatal en France », Emulations-Revue de Sciences Sociales, n°35-36, p.139-151.

Virole, Louise, A paraître. « Quand les droits reproductifs des femmes étrangères sont bafoués : Le cas des inégalités d’accès au suivi de grossesse », in Elsa Boulet (dir.), Maternités Féministes, Paris, Éditions Syllepse.

Vozari, Anne-Sophie (2012) « Surveiller pour veiller sur en Protection Maternelle et Infantile », in Yvonne Kniebielher, Francesca Arena, et Rosa María Cid López, La Maternité à l’épreuve Du Genre, Rennes: Presses de l’EHESP, p. 109–116.

Yvert, Emmanuelle (2021) Des mobilisations victorieuses sans mouvement social. La construction de la cause de l’homoparentalité et sa traduction législative en France (1986-2013), Université Paris-Saclay, Thèse de doctorat.


[1] Dans son livre récent portant sur l’adoption transraciale et transnationale, Amandine Gay souligne que la justice reproductive « demande de considérer les disparités d’accès aux techniques reproductives, contraceptives, abortives et de stérilisation, ou encore les placements et les adoptions d’enfants, comme résultant d’inégalités systématiques. Cette approche révèle la dimension politique de l’adoption transnationale ou transraciale puisqu’elle oblige à prendre en compte l’interdépendance des oppressions de race, de classe, de genre ou de handicap et leur impact sur les premières mères du Sud global et sur les femmes racisées ou précaires du Nord global, dont les enfants sont rendues disponibles à l’adoption. » (Gay 2021, 46).

[2] In her recent book on transracial and transnational adoption, Amandine Gay points out that reproductive justice “calls for considering disparities in access to reproductive, contraceptive, abortion, and sterilization technologies, as well as child placement and adoption, as the result of systematic inequalities. This approach reveals the political dimension of transnational or transracial adoption as it forces one to consider the interdependence of race, class, gender, or disability oppressions and their impact on first mothers in the global South and racially minoritized or precarious women in the global North, whose children are made available for adoption.” (Gay 2021, 46, our translation).


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