FEMMES ARTISTES EN QUELQUES MOTS

Prochainement, paraîtra une traduction en français de Old Mistresses. Women, Art and Ideology, ouvrage coécrit en 1981 par Griselda Pollock et Rozsika Parker. Cet « événement », pour les historiennes de l’art féministes que nous sommes, est l’occasion toute trouvée de réfléchir aux usages genrés et politiques des mots – nombreux et variés – qui existent pour désigner les femmes artistes. Car si en littérature un nombre important de travaux a examiné la diversité des terminologies, allant de femme de lettres à autrice en passant par écrivaine, il n’en est rien pour l’histoire de l’art où tout reste à écrire[1]. Si cette notice pose un premier jalon pour comprendre l’histoire des femmes artistes à travers l’outil critique du langage, elle offre aussi ses limites. Nous aurions aimé mobiliser d’autres cultures, d’autres langues que celles seulement occidentales, mais l’espace qui est ici imparti implique de nous restreindre surtout au français – notre langue maternelle qui fournit déjà une multitude de mots pour dire les femmes artistes – et, dans une moindre mesure, à l’anglais et l’italien.


En 1972, Ana Gabhart et Elizabeth Broun intitulent leur exposition de la Walters Art Gallery de Baltimore Old Mistresses. Women Artists of the Past. Sous couvert d’une ironie similaire, quoique plus délibérément militante, Pollock et Parker reprennent à leur compte ce titre facétieux pour leur ouvrage qui ose dénoncer en 1981 les pratiques sexistes de l’histoire de l’art. L’histoire de l’art y est entendue comme un système idéologique contribuant à différencier une femme artiste d’un homme artiste. La langue en constitue un révélateur éloquent : les mots de « chef-d’œuvre » (masterpiece) et de « maître ancien » (old master) défendent une suprématie masculine des plus explicite qui n’a aucun équivalent comparable au féminin. Si « maître » est prestigieux en ce qu’il provient de maestria, « maîtresse » renvoie quant à elle plutôt à la sexualité, à l’illégitimité et à la subordination.

We never speak of masculine art or man artist; we simply say art and artist. But the art of men can only maintain its dominance and privilege on the pages of art history by having a negative to its positive, a feminine to its unacknowledged masculine. (Pollock et Parker, 1981, p. 80).

Pensons également à la traduction en français de l’article de Linda Nochlin « Why Have There Been No Great Women Artists ? », qui est « Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ? » (Nochlin, 1993 ; nous soulignons), se conformant d’une certaine façon – même si cela est justement dénoncé – à la prévalence masculine pour signifier la grandeur.

Peintresse, sculptrice, graveuse, performeuse, femme photographe, massière, dessinatrice, illustratrice, woman artist, female artist, virtuosa, donna artista, artista donna…, le vocabulaire est vaste et fluide pour désigner les femmes qui pratiquent les arts. Cette instabilité des mots révèle aussi que ces termes ne satisfont pas totalement. Dévalorisants, essentialisants, repris par les artistes elles-mêmes comme outil identitaire, ou ne posant tout simplement pas dès le départ de problème par leur mise au féminin, ces mots délivrent une histoire riche qui pourrait prendre sa source dans l’Italie du XVIe siècle. À ce moment, l’Europe est ébranlée par la Querelle des femmes où est revendiquée l’égalité des sexes, et les cours princières de la Renaissance italienne confèrent à l’artiste une reconnaissance sociale sans précédent que vont notamment illustrer les biographies d’artistes. Pourtant dans ces dernières, et alors que plusieurs femmes artistes existent, l’artiste est d’emblée qualifié au masculin. À la place d’artista, qui n’est d’ailleurs employé ni pour les femmes ni pour les hommes, Giorgio Vasari parle d’hommes de l’art, de virtuosi pour les plus talentueux, et de virtuosa pour les rares femmes qui parviennent à se démarquer comme artistes, bousculant alors le périmètre premier d’un terme construit sur le mot latin vir qui désigne une personne de sexe masculin (cf. Jacobs, 1997). Plus spécifiquement, les statuts artistiques sont envisagés dans l’Italie du Cinquecento par techniques (peinture – la pitoressa ou la pittrice, sculpture – la schultrice), et une répartition des rôles s’instaure officieusement : si les hommes artistes créent (imitare) les femmes artistes sont plutôt encouragées à reproduire (ritrarre) en bonnes portraitistes.

marietta tintorette
Giacomo Piccini, Portrait de Marietta Tintoretta, Pittrice, Ritratti delli più celebri pittori della scuola veneziana antichi e moderni nuovamente raccolti e pubblicati (Venise, 1787),
vers 1648 ou 1787, gravure, 23,7 x 17,4 cm, Londres, British Museum (1910,0610.207) © The Trustees of the British Museum

De peintresse à plasticienne

Anonyme, La Peintresse, XVIIIe siècle [s.d.], estampe, gravure au burin et au pointillé colorié,
15,8 x 11,8 cm, Bibliothèque nationale de France, département Arsenal, EST-204 (11)
© Gallica

En France, les termes « peintresse » ou « paintresse » sont attestés dès le XIIIe siècle[2], mais leur usage devient courant au XVIIIe siècle[3], signe d’une reconnaissance professionnelle nouvelle avec l’entrée de certaines comme membres élues à l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture. En 1777, l’almanach de l’abbé Le Brun contient plusieurs femmes artistes (mesdames Vien, Therbouche, Charpentier, Navarre, Parrocel) auxquelles on accole le métier de peintresse. La féminisation de la langue fait officiellement l’objet de débats, dans les années 1830, quand l’Académie Française lance une réflexion sur certains termes associés aux arts pour les introduire dans son nouveau dictionnaire :

Nous avons, à l’égard des arts, plusieurs mots qui manquent à la science, ou simplement à l’usage, et souvent le masculin est employé avec des périphrases, afin d’exprimer le féminin. Par exemple, on dit une dame peintre au lieu de l’appeler peintresse […][4].

Les parutions des années 1860 concrétisent ces échanges en préférant désormais, à la terminologie estimée péjorative de peintresse, l’expression « femme peintre ». Pourtant, bien que peintresse continue à être régulièrement utilisé dans les discours populaires de la fin du XIXe siècle[5] – au même titre que ces dérivés stigmatisants de barbouilleuse et de bas-bleu –, il revient en force au début du XXe siècle, sous les plumes de critiques d’art, pour désigner des artistes telles que Clémentine Dufau, Marie Laurencin, Suzanne Valadon ou Jacqueline Marval[6]. Si ces commentaires sont de prime abord élogieux et bienveillants, ils dissimulent entre leurs lignes le souhait de cantonner clairement les femmes dans un art spécifique qui traduirait les soi-disant qualités de leur sexe (charme, grâce, élégance…). Déplaçant le curseur du statut professionnel à la pratique elle-même, un autre mot semble apparaître plus tard dans le sillage du mouvement des femmes des années 1970 (Dallier, 1975 et 1976), à un moment où le périmètre des techniques et médiums artistiques déployés s’élargit considérablement : celui de plasticienne. Ce vocable est aujourd’hui privilégié par certaines historiennes de l’art comme Fabienne Dumont et Séverine Sofio.

« les femmes sculpteurs – faut-il dire les sculpteuses, les sculptrices, les sculpteresses, ou rien du tout ? » (Diego, 1909)

Dans ses articles sur la sculptrice Marie-Anne Collot publiés entre 1923-1931, l’historien de l’art Louis Réau glisse le mot « sculpteuse » dont il fait remonter l’usage au XVIIIe siècle (1924, p. 229), une manière aussi de faire correspondre la singularité du néologisme au caractère présupposé exceptionnel du talent de l’artiste que l’auteur dépeint comme la seule femme dans le milieu de la sculpture de son époque. Dans son dernier papier Réau souligne qu’en 1931 la sculpteuse est une « espèce qui s’en est depuis lors multipliée » (p. 306), une idée quelque peu relativisée par Louis Vauxcelles (1938b) qui rappelle la proportion moindre du « bataillon de “sculptrices” » que forment ses contemporaines.

Au XIXe siècle, les formes varient selon les dictionnaires où on peut occasionnellement trouver « sculptrice »[7], mais où « femme sculpteur » domine. Dans les comptes rendus des expositions, les sculptrices sont moins citées que leurs consœurs peintres. La féminisation du mot « sculpteur » fait donc l’objet d’interrogations : comment nommer ces artistes de plus en plus visibles et nombreuses dès la seconde moitié du XIXe siècle ? L’utilisation des guillemets et de l’italique révèlent une hésitation, d’ailleurs explicitement partagée avec les lecteurs et lectrices, témoins de la recherche du mot juste : en 1857 Marie-Louise Lefèvre-Deumier est « une … comment dire ? sculptrice fort distinguée » (« Le courrier de Paris », p. 2) et Louise Ochsé une « gracieuse sculpteuse, ou sculptrice, ou tout simplement sculpteur » en 1912 (Alexandre, 1912, p. 4). Ces hésitations sont parfois tournées en dérision et deviennent une marque de mépris envers les femmes artistes afin de rabaisser leurs œuvres[8]. La résistance à ces mots réactive l’idée des artistes femmes qui n’existeraient qu’en tant que dilettantes[9]. C’est sans doute afin que leur sérieux ne soit remis en cause que l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs (UFPS) fondée en 1881 par la sculptrice Hélène Bertaux contient en son titre le terme de femme sculpteur[10]. À une époque où la professionnalisation de ces artistes est empêchée officiellement par l’interdiction d’entrer à l’École des Beaux-arts, cette stratégie du compromis permet de contourner les débats de la féminisation des métiers connotés masculins, considérée par ses opposants comme un autre symptôme des revendications des groupes féministes qui se structurent alors en France[11].

Charles Shannon, Ein Bildhauerin, Une statuaire, A Sculptress (Miss Bruce), 1907,
huile sur toile, 1,15 x 1,11 m (Musée d’Orsay, Paris, RF 1980-166)
reproduit dans L. Bénédite (1924, p. 80) © Gallica

« Statuaire » est un terme dont le sens diffère en fonction de son utilisation ; employé au masculin il désigne un « sculpteur qui fait des statues », mis au féminin il renvoie à l’« art de faire des statues » (Bescherelle, 1856, p. 1374). Il est cependant employé au féminin pour qualifier la profession de « sculpteur statuaire » (cf. Paris-Adresses, p. 130 et 217) qui s’applique aussi aux professionnelles comme Marie Cazin et Hélène Bertaux. En 1905, Paul Claudel consacre un texte à l’art de sa sœur intitulé « Camille Claudel, statuaire », profitant d’une terminologie a priori neutre, pour que la sculptrice reçoive la même considération que ses confrères masculins. Alors que « sculptrice » est employé de plus en plus en français[12], sculptress est devenue obsolète dans la culture anglophone[13] (Mitchel, 2011, p. 256) (Bonis, Kraus, et Pheterson, 2013, p. 21-44). En 1971, Barbara Hepworth ne semble d’ailleurs pas se reconnaître dans ce terme lorsqu’elle défend son métier de « sculptor » et non de « sculptress » : « Oh please ! Sculptor. It’s the name of the job, not the sex » (entretien cité dans Bowness, 2015, p. 242). Ce tout petit échantillon révèle la richesse d’un champ à explorer qu’il faudrait penser de manière transnationale, tenant compte de l’évolution des langues, des aires géographiques, des contextes historiques et sociaux. Révélatrice de ces glissements sémantiques, la féminisation des mots n’est pas neutre et son emploi, ou son refus, est révélateur de divergences, de considérations esthétiques subjectives – « c’est laid » – ou idéologiques qui se poursuivent toujours aujourd’hui. À l’heure où nous écrivons ces lignes, en 2021, l’Académie française n’accepte ni peintresse, qui existe depuis le Moyen-Âge, ni sculptrice qui répond aux lois morphologiques préconisées depuis 1999 (Paveau, 2002, p. 121-128). Work is in progress


Place Camille Claudel (1864-1943) « sculpteur français », Paris (15e arrondissement), 2021 © Eva Belgherbi

Pour citer cette notice

Belgherbi, Eva; Foucher Zarmanian, Charlotte : “Femmes artistes en quelques mots”. Dictionnaire du genre en traduction / Dictionary of Gender in Translation / Diccionario del género en traducción. Mis en ligne le 19 avril 2021: https://worldgender.cnrs.fr/notices/femmes-artistes-en-quelques-mots/.


Références

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NOTES

[1] L’ouvrage Artistes femmes/Femmes artistes, Paris, de 1880 à nos jours de Catherine Gonnard et Élisabeth Lebovici (2007) est à ce titre une exception notable : les deux autrices soulèvent dès les premières lignes de leur avant-propos la difficulté et l’incertitude de la langue par rapport à leur objet d’étude : « Femme artiste, artiste femme ou artiste tout court ? Peintre ou peintresse ? Sculpteur ou sculptrice ? Ces variations sémantiques ne sont pas neutres. Les questions de genre, que pose couramment la langue française, résument assez bien le propos de cet ouvrage. »

[2] SIEFAR, La Guerre des mots : dictionnaire, en ligne, Les mots de A à Z – lettre P | SIEFAR (consulté le 13 janvier 2021)

[3] Cf. Sabine, Guerville et Valois d’Orville (1755) où un personnage de peintresse apparaît. Cf. également la lettre de Rousseau à Marianne Latour, 2 octobre 1763 (1803, p. 490) : « Je crois que la peintresse ne vous a pas flattée ; mais je vous vois déjà de la main d’un autre peintre, duquel je n’en oserois en dire autant ». Depuis, cette terminologie a souvent collé à la peau du philosophe. Cf. Fort (2004).

[4] « Dictionnaire des arts », p. 10. Cf. également Deschamps (1833, p. 216-217).

[5] Voir par exemple ces nombreuses occurrences dans le journal satirique du Charivari. Cf. Lagrange (1862, p. 2) ; Girard (1872, p. 5) ; J. Ralph (12 août 1889, p. 4) ; Francillion (1890, p. 1) ; Second (1894, p. 2).

[6] Cf. Bouyer (1902, p. 478) ; Vauxcelles (1938a) ; Apollinaire (1960, p. 302-303).

[7] Cf. La Châtre (1865-1870, p. 1311) : « Sculpteur, trice, s. (pron. sculpteur). Artiste qui exerce l’art de sculpter. Un habile sculpteur. Une grande sculptrice. Les sculpteurs anciens. Les sculpteurs modernes. Sculpteur en marbre. Sculpteur en bois. Praxitèle, qui était le meilleur sculpteur de son siècle, était aussi le meilleur statuaire. (Barthélemy.) | Une femme sculptrice. »

[8] Robin Lakoff prend l’exemple du mot sculptor en anglais et souligne les connotations péjoratives associées lorsque le mot est accompagné de lady : « Numerous other examples can be given, all tending to prove the same point: that if, in a particular sentence, both woman and lady might be used, the use of the latter tends to trivialize the subject matter under discussion, often subtly ridiculing the woman involved […]. But lady makes matters still worse. Similarly a reference to a woman sculptor, is only mildly annoying (since there is no term *male sculptor, the discrepancy suggests that such activity is normal for a man, but not for a woman), but still it could be used with reference to a serious artist. Lady sculptor, on the other hand, strikes me as a slur against the artist, deliberate or not, implying that the woman’s art is frivolous, something she does to fend off the boredom of suburban housewifery, or at any rate, nothing of moment in the art world. Serious artists have shows, not dilettantes. So, we hear of one-woman shows, but never one-lady shows » (1973, p. 60).

[9] Cf. Lacourt (1891, p. 2), qui réagit au refus de l’Académie française de féminiser les noms de métiers, dont « sculpteur » : « l’homme a trouvé bon depuis des temps que la femme s’associe à tous ceux de ses travaux qui ne comportent aucune gloire, qui simplement utiles, sont inférieurs mais que, pour les hauts emplois de l’intelligence, il n’a point cessé de l’y juger impropre, incapable au moins d’y rivaliser avec lui jamais, d’y montrer mieux qu’un génie secondaire ».

[10] Proche de l’UFPS, Maria Lamers de Vits, autrice de Les Femmes sculpteurs, graveurs, et leurs œuvres (1905) utilise « femme sculpteur ».

[11] C’est aussi au tournant du XIXe siècle que de nombreuses terminologies autour de la « question de la femme » et des féminismes sont débattues (cf. Offen, 2012, p. 246-252).

[12] Pour exemple, Anne Rivière, commissaire en 2011 de l’exposition Sculpture’Elles, les sculpteurs femmes du XVIIIe siècle à nos jours, intitule en 2017 son dictionnaire Dictionnaire des sculptrices en France.

[13] À propos de la traduction de female ou woman en français, Oristelle Bonis, traductrice notamment de Linda Nochlin précise : « Les langues sont plus ou moins étrangères les unes aux autres, mais ce qui se dit dans l’une doit pouvoir se dire dans une autre. C’est le principe de la traduction, ou l’illusion qu’elle véhicule. C’est en partie pour cela que, par exemple, je ne suis pas d’accord avec Nicole[-Claude] Mathieu, quand elle traduit female et male, par “femelle” et “mâle”. Un jour, on a eu une discussion là-dessus, et je lui ai dit : « Mais quand même, Nicole, ça veut dire “femme” et “homme” en anglais ! ». Elle m’a répondu : « Oui, mais s’ils disent female et male, ce n’est pas par hasard ». Et moi : « Oui, mais ils ne disent pas ce que tu dis quand tu dis “femelle” et “mâle” ». En même temps, woman et man ne sont pas strictement synonymes de female et male, et quand je traduis par “femme” et “homme”, je ne rends pas non plus exactement ce qui se dit en anglais. Nous n’avons pas de mots pour rendre cette nuance. Je “francise” plus, d’une certaine façon » (in « Translations du genre », 2013, paragraphe 41).


ÉTIQUETTES

anglais, féminisation, femme artiste, français, italien